Audrée Wilhelmy

Audrée Wilhelmy est une écrivaine québécoise née à Cap-Rouge (Québec) qui habite à Montréal. Son premier roman, Oss (Leméac, 2011), a été finaliste aux Prix du Gouverneur général du Canada. Son deuxième roman, Les Sangs, a été publié chez Leméac en 2013, puis chez Grasset en 2015. Finaliste aux Prix des libraires du Québec, pour le prix France-Québec, pour le prix Marie-Claire du roman féminin et pour le prix des lecteurs de l’hebdo, il a remporté ex æquo le prix Sade 2015, qui souligne entre autres le caractère érotique et résolument moderne du roman.

Elle a terminé, en décembre 2015, un doctorat en études et pratiques des arts à l’Université du Québec à Montréal. Elle se consacre désormais à l’écriture romanesque.

Son troisième roman, Le corps des bêtes, paraîtra le 23 août 2017.

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Romans

Oss

Un conte atemporel et amoral, dont on ne peut dire qui du loup ou de sa proie est réellement pris au piège.

Noé, celle que tous appellent encore« la Petite », est l’enfant trouvée de Grumme, la grosse dame qui brûlait des grelots sur sa délicate peau pour la guérir de sa sorcellerie sous le regard subjugué du prêcheur. À la mort de la vieille, Noé décide de quitter le village d’Oss,et les fils et filles de pêcheurs qui l’habitent. Sur la route, entre le cirque et une singulière forêt de bécosses bleues qui voyagent, son histoire se révèle alors, par les souvenirs comme dans le discours de ceux qui l’ont connue.

Écrit dans une langue résolument singulière, l’univers de ce conte est néanmoins tissé du même fil que celui d’Anne Hébert dont les fous de Bassan sont ici des mouches qui bourdonnent sur la carcasse pourrie d’une baleine échouée ou qui envahissent les oreilles des enfants. On pense aussi aux contes traditionnels de Perreault, bien sûr, mais c’est aussitôt pour mieux s’éloigner d’une morale rassurante. Puis, on entend la voix de la Petite, une voix envoûtante dont les chants sont rythmés par les grelots attachés à ses cheveux.

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Les Sangs

De son aïeul grand veneur, Féléor Barthélémy Rü ne reçoit pas seulement une immense fortune ; il hérite également du désir de tuer et d’un goût pour la chair crue. Ces plaisirs, il les développe au contact des femmes qu’il croise et qui deviennent, pour certaines, ses épouses et victimes. Car ce n’est pas le daim ni le loup que chasse celui que, dans la Cité, on appelle bientôt l’Ogre, mais des femmes qui, pour étonnant que cela puisse paraître, vont à lui de leur plein gré. D’où viennent ces femmes ? Qui sont-elles et qu’est-ce qui les pousse vers Féléor Barthélémy Rü ? Pourquoi se donnent-elles à lui et qu’ont-elles fait pour en être aimées, parfois tuées ? C’est ce qu’elles expliquent dans les carnets qu’elles laissent derrière elles et que Féléor assemble en un curieux livre – celui qu’on va lire – après le meurtre de sa dernière épouse.

Mercredi, Constance, Abigaëlle, Frida, Phélie, Lottä, Marie : sept femmes, sept expériences du désir et de la mort, sept écritures qui disent la féminité, la haine de soi, le narcissisme, la soumission tantôt feinte, tantôt amusée. À la lecture des carnets, Féléor commente, rectifie, ajoute des détails ou des épisodes entiers, sans jamais justifier ses meurtres ni exprimer de regrets.

Polyphonique et amoral, le roman d’Audrée Wilhelmy interroge les relations de pouvoir, l’établissement des fantasmes et l’assouvissement des envies.

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Le corps des bêtes

Osip se refuse à sa nièce. Il ne lui montrera pas comment faire "le sedxe des humains", même s'il ne voit pas trop qui pourra le lui enseigner sur le rocher qu'ils habitent avec le reste du clan, à huit heures de marche du village le plus proche. Il n'a pas pitié de Mie, elle n'existe pas pour lui. Elle appartient à cette plage qu'il observe depuis la plate-forme du phare où il passe ses journées. Seuls l'intéressent les bateaux étrangers dont il note les passages, et la femme de l'aîné. Celle-là tranche avec le reste du tableau: elle n'a ni la pudeur de la Vieille, ni les manières des femmes qu'il a croisées naguère à Seiche. Son frère l'a engrossée dès son arrivée à Sitjaq, mais qui s'en soucie? Sur ce bout de terre rocailleux, les bêtes sont à qui les prend.

Mie approche ses doigts du visage de sa mère. La peau mouchetée, les cheveux doux, bruns et roux et blancs: Noé est comme les animaux empaillés, ses yeux sont deux billes noires figéesdans la pénombre, elle a les chevilles solides même si elles sont maigres, la peau marquée comme le cuir des poissons, la force dans le cou, la gorge, les épaules. Elle ne bouge pas. 

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