Abelha Friolet, d’Éliot Chamberland

 (Après Phélie Léanore)

Abelha Friolet

Sous une robe ample en toile de lin, elle tente maladroitement de dissimuler ses formes. L’effort est vain, les courbes lorsqu’elle s’incline au kiosque viennent embrasser l’étoffe ambrée révélant un fessier agréablement charnu. Pivotant et s’agitant derrière le comptoir, les hanches, le ventre et les flancs se dévoilent esquissant une invitante et délicieuse silhouette. Pâle comme la lune, son regard est fuyant. Aussi s’empourpre le faciès lorsque détourner les yeux ne suffit à éviter l’attention obstinée de l’acheteur. Sous une bruine d’éphélides bordant les pommettes et le petit nez convexe, repose une bouche où la fine commissure sensuelle rejoint de terribles et invitantes lèvres au vermillon provocateur. De là s’échappent à grand-peine des notes timides et aiguës, cassantes telles le cristal. La sombre chevelure ramenée vers l’arrière forme un chignon légèrement noué et tombant. La nuque ainsi que le haut du dos sont éclipsés sous le couvert de cheveux en bataille, le tout est accompagné de deux jolies torsades aux brins grossiers qui dégringolent au niveau des tempes et atteignent la naissance des seins.

 

Écrire, Féléor m’implore d’écrire, de griffonner dans un carnet ou sur un bout de papier, qu’importe dit-il, l’important c’est d’écrire. Il m’est si amusant de le voir se languir pour moi, d’autant plus qu’écrire m’a toujours été plus naturel que de faire la conversation, mais le faire de manière dissimulée l’est encore davantage et rend la chose tellement plus excitante.

 

Tout me semble si différent désormais. Autrefois, les premiers échos de la matinée provenant des chambres voisines et des cuisines avaient pour habitude de m’extirper des dernières rêveries étiolées de la nuit. Dorénavant remplacée, cette agitation si familière n’est plus que silence inquiétant. Cette grande demeure semble si vide. Hormis les domestiques errant ici et là en son sein, Féléor apparaissant uniquement le soir et les quelques fois lorsqu’il prend congé, rien en apparence ne présente un aspect aussi décoloré et éteint qu’en ces lieux. Il subsiste néanmoins quelques avantages non négligeables à cette situation. En ayant pris cet homme pour mari, il m’est devenu beaucoup plus aisé de laisser libre cours à mes envies. Les semaines suivant notre union, Féléor remarqua mon profond malaise face aux domestiques mâles travaillant pour nous et fit alors en sorte que l’ensemble de ceux effectuant les tâches dans la demeure ou y faisant parfois affaire y soient remplacés par les quelques femmes de mon choix. Les hommes, à l’exception rare de certains, ne sont réellement que des bêtes animées par leurs pulsions et leurs vices intérieurs. Ce n’est pourtant pas de leur faute, c’est ainsi qu’ont voulu les faire, dans le plus grand des mystères, nos créateurs. Il n’y a qu’à prendre pour attester tout cela mon pathétique père, selon les dires murmurés en la Cité et ce que les sœurs ont appris et bien voulu me glisser à l’oreille. C’est lui, par une nuit de canicule, qui est venu déposer le petit corps de nourrisson chétif, que j’étais alors, au pas de la porte de l’orphelinat. Ma mère, quant à elle, périssant lors de l’accouchement, avait soi-disant légué une trop lourde tâche à un ivrogne dégénéré tel que lui.

L’orphelinat administré par les sœurs était une immense bâtisse située à une heure de marche au sud de la Cité. Une impressionnante forêt, au-delà de l’entrée principale, en bordait la devanture et les jardins, situés à l’arrière, étaient eux parsemés d’une quantité réellement impressionnante et variée de plantes et de fleurs composant une flore des plus enivrante aux environs. Les premières années passées entre ces murs et les grands espaces verts me parurent très paisibles ; je commençais même, étonnamment dans la classe de sœur Alice, à me forger avec certaines quelques amitiés. Bien évidemment, ces camaraderies n’étaient qu’éphémères puisque l’une ou l’autre des fillettes, devenue ma copine, finissait toujours par être adoptée. Moi seule semblais ne pas attirer le regard des futurs parents. Qu’importe, j’étais maintenant, du haut de mes quinze ans, l’une des plus âgées et on m’avait permis d’assister les sœurs s’occupant du rucher.

 

Dix-neuf heures, Féléor ne devrait plus tarder. Je suis quant à moi étendue toute nue sur le lit à demi inconsciente, conséquence de mon interminable séance passée dans les eaux bouillantes et parfumées des bains. Au début la camériste, une jolie blonde aux courbes généreuses, n’y comprenait rien et semblait même pétrifiée. Prise par les préparatifs des bains, elle ne remarqua ma présence que lorsque je claquai et verrouillai la porte derrière moi. Gênée et surprise, elle m’interrogea sur la raison de mon agissement, mais je lui dis promptement de se taire et de me dévêtir. Ce qu’elle fit sans plus poser de questions. Submergée jusqu’aux mamelons, le regard autoritaire fixé sur la belle blonde, je lui dis de s’approcher et de s’agenouiller au bord de la baignoire. Je lui saisis la main et la dirigeai entre mes cuisses. Elle me regarda avec de grands yeux de biche apeurée, mais elle sut pertinemment ce que je voulais. Féléor les a prévenues : elles doivent obéir à tous mes caprices.

Seize ans. Rendue trop âgée pour être adoptée ou pour continuer à suivre les classes de sœur Alice elles décidèrent, avec le consentement de la mère supérieure, de m’envoyer suivre mon noviciat à la Cité afin que je puisse moi aussi donner l’instruction aux plus jeunes. Ce faisant je devais revenir avant la pénombre aider au rucher, en plus de me rendre chaque matin, empruntant les longues et infinies routes poussiéreuses, à l’établissement de formation. Ça ne restait qu’un menu détail à l’époque, car je devenais enfin quelqu’un. J’étais réellement heureuse en ce temps-là, comme sous le charme de la providence.

 

J’en fais des cauchemars toutes les nuits. Je me rappelle. Dix-sept ans. Sur le chemin du retour, par un après-midi tardif, les bruits de pas pressés derrière moi ne cessent de se rapprocher. J’ai peur. Les trois imposantes silhouettes aperçues plus tôt à la sortie de l’établissement me talonnent. Je ressens une vive douleur à la racine des cheveux. On me projette brutalement au sol en hurlant et en criant sur moi des injures. J’ai mal. Ma robe est déchirée, je suis couverte de saleté et j’ai la paume des mains ensanglantées. Je tente de me relever et de m’enfuir, mais l’un des agresseurs, comme un étau, m’attrape le cou et me balance hors du chemin dans les hautes herbes. Je tremble. Les hommes m’encerclent. Deux d’entre eux me tiennent bras et jambes cloués au sol. L’horrible scène qui s’offre à mes yeux me fait vomir : debout devant moi, la bête me lance un regard de prédateur et porte ses mains à sa braguette. Il en sort son sexe déjà érigé et durci à force de me voir souffrir. Ses complices, par des grognements, l’encouragent. Il déchire mes dessous et se force en moi. La douleur est cuisante. Finissant son affaire, il prend la place de l’autre. Aussi légère et insignifiante qu’un chiffon, ils me redressent et m’agenouillent. Le second me gifle au visage. J’ai la lèvre fendue. Le sang coule. Portant son sexe à mes lèvres, le charognard tire mes cheveux de ses deux mains et s’introduit dans ma bouche. De mes yeux, s’échappent des larmes. Je m’adresse aux créateurs, je les supplie. Se crispant et tirant très fort les mèches empoignées, il finit par éjaculer dans ma gorge. Le dernier me bouscule vers l’avant, face contre terre. Il déchire, de haut en bas, le dos de ma robe. Il décide de ne pas faire comme le premier, mais ça ne veut pas rentrer. Il persiste. Je gémis. Il continue. Je perds conscience.

 

Ce matin encore tout endormie, faisant soudainement irruption dans mes appartements, Féléor m’est apparu disant qu’il ne pouvait reporter ses rendez-vous. Il s’excusa de ne pouvoir prolonger davantage sa matinée avec moi cependant, profitant de son absence, il voulut qu’impérativement je lise ce qu’il m’avait apporté. Désignant la courtepointe et les cinq ouvrages dépareillés s’y trouvant, il murmura à mon oreille de sa voix posée, que nous en reparlerions ce soir. Regardant de plus près les ouvrages, à la suite de son départ, je lus et m’interrogeai sur les noms des femmes, ne me semblant pas inconnus, y étant inscrit. Ma toilette faite, avec la délicieuse aide de la camériste, j’amenai les cahiers dans le fiacre avec moi. C’est seulement à mi-chemin, en direction de l’orphelinat, en les lisant, que je me rappelai et compris alors pourquoi les noms de ces femmes me semblaient si familiers. Les sœurs de l’orphelinat avaient toujours porté la famille Rüen très haute estime. Non seulement cette famille était formidablement riche et puissante, mais de surcroît, c’était cette même famille qui permettait à l’institution, par leur philanthropie, d’exister et de poursuivre leurs bonnes œuvres. De là émanait sans nul doute l’incroyable dérogation que les religieuses m’accordèrent en ce qui concerne mon mariage. Qu’importe que cet homme ait assassiné les cinq autres femmes avant moi, c’était justement là avec les rumeurs qui circulaient, une des raisons pour laquelle j’ai acquiescé à sa demande. Je serai la sixième, et de ce repos sépulcral je serai délivrée de toute dépravation, de toute souillure, absoute de tous mes péchés charnels.

Mes dessous étaient tout humides. Quinze heures approchaient. C’était la fin des leçons. Mes petits élèves, comme à chaque fois dans une agitation désordonnée, quittèrent à la hâte avec des élans de rires et des cries joyeux pressés d’aller jouer. De mon côté, je rassemblai mes affaires et me dirigeai vers le hangar où se trouvaient les ruches. Traversant les allées bordées de violettes, de campanules, de pivoines au rouge étincelant et de troènes finement taillés, mon odorat fut submergé par les grisants accords des doux parfums faisant, une fois de plus, accélérer mon rythme cardiaque. Atteignant le bâtiment, je retrouvai les deux nouvelles religieuses à qui je devais montrer l’élevage et les soins des abeilles. Suivant la filtration du miel, provenant des rayons pressés de la nuit précédente, je demandai aux jeunes femmes de me suivre. Les bras chargés de petits pots contenant la substance sucrée, elles les entreposèrent selon mes ordres dans la pièce du fond à l’abri de la lumière et de la chaleur. Se retournant, elles me demandèrent les prochaines tâches à effectuer. Je désignai à celle de droite sa voisine avec un sourire et lui dit de lui retirer sa robe. Confuse, hésitante, elle me dévisagea. Je lui dis d’obéir, que de toute façon elles finiraient bien par aimer cela comme toutes les autres avant elles, sinon quoi je les rapporterais à la mère supérieure compromettant ainsi leur avenir au sein des sœurs orphelines. La pressant, sa consœur lui dit d’obéir. Prenant un des petits récipients de verre contenant le miel, j’y trempai l’index et le majeur, les insérai dans le con frétillant de la nymphe désormais nue et invita l’autre à le lui lécher généreusement. Déshabillant à mon tour de sa robe la docile petite ouvrière attelée à sa tâche, je commençai à écarter ses petites lèvres afin de caresser son clitoris. Les gémissements de plaisir et les lamentations jouissives emplissant la pièce, je décidai alors de m’étendre sur un des meubles tout en m’adossant contre le mur et fit signe aux jeunes femmes de venir vers de moi. Prenant vite goût à ces nouveaux plaisirs, les mamelons durs, le corps chaud et tout en sueur, elles me rejoignirent aussitôt pour arracher mes vêtements et m’empoisser du liquide doré. L’une, la tête serrée entre mes cuisses, l’autre tétant mes seins à pleine bouche et moi suçotant le pendentif étoilé des sœurs orphelines, je tombai en plein orgasme. Longtemps après, l’orgie pleinement consommée, je leur dis de se revêtir et d’être en forme pour le lendemain puisque nous nous rendrions à la Cité vendre nos produits de la ruche.

 

Je rentrais au château, chez Féléor. Il était dix-huit heures. En réalité cet endroit était également censé être mien, mais j’avais peine à m’y habituer. Les domestiques, prévenantes comme elles le sont, vinrent m’accueillir de bourdonnements réellement charmants et engageants habituels, cependant je ne pus leur donner suite, car je m’aperçus que l’Ogre était arrivé plus tôt que de coutume. Venant vers moi, les trois années à présent passées avec lui n’ayant pu qu’en diminuer l’intensité, je ressentis la nervosité s’accaparer de mon corps et la chaleur me monter au visage. Passant derrière moi et se penchant tout doucement au-dessus mon épaule, il me susurra à l’oreille de me défaire de cette robe trop ample à son goût, de revêtir celle qui m’attendait dans mes appartements et de le retrouver ensuite pour entamer le repas. C’est donc vêtue d’une robe de soie ambrée ornée de volants et d’une échancrure laissant, si je ne prenais trop garde à mes mouvements, voir mes seins à la dérobée, que je rejoignis Féléor dans la grande salle à manger. Entre deux bouchées, lui dévorant élégamment ses fines tranches crues de faisan et moi la mangeant délicatement bien cuite, Féléor me demanda comment se déroulait jusqu’à présent mes écrits et quand viendrait le moment, comme convenu, où je serais fin prête à mourir. Évitant son regard et un peu choqué par la question, je laissai échapper quelques sons mal articulés réussissant néanmoins à parvenir jusqu’à ses oreilles, disant que la nuit du sixième mois serait la bonne et que les écrits auraient pris fin. Un prodigieux rictus de carnassier, éclairé par les candélabres, alors peu à peu se fit entendre de l’autre extrémité de la pièce.

Ce sont probablement les derniers mots que je coucherai sur le papier. Ce soir Féléor et moi avons fait l’amour, si on peut appeler la chose ainsi… Moi qui croyais ne plus jamais toucher un homme de ma vie, je m’étais bien leurrée. Évidemment, désormais épouse, j’étais consciente que cela finirait tôt ou tard par arriver, mais je n’aurais pu imaginer y trouver plaisir semblable. À l’aube de notre union, Féléor, étonnamment, ne m’avait toujours pas fait part de son désir de consommer le mariage. C’était ainsi, il parvenait à scruter en moi comme on observe la lumière se fragmenter au travers d’un prisme de verre. Il me proposa de mettre un terme à l’enseignement ainsi qu’aux bonnes œuvres et de rester au château, si bien sûr je le désirais puisque sa situation le permettait, seulement je lui répondis timidement que cela m’était impensable. Il n’y vit aucun inconvénient et même, en renchérissant, il me dit qu’il serait, en conséquence des tout nouveaux projets de mines de fer au nord de la Cité, fréquemment absent. Cela faisait déjà six mois que j’étais devenue sienne, Féléor avait commencé, accompagné de jeunes femmes toujours plus séduisantes que les précédentes, à me rendre visite dans mes appartements au même moment où la luminosité vespérale se risquait à celle du jour. Au début il ne faisait que regarder, retiré dans un coin de la chambre avec dans les yeux cette concupiscence propre à l’homme, puis après quelque temps, ne pouvant plus retenir ses pulsions, se joignit à nous. Éclairé à la lueur dansante des chandelles, il fusionnait avec nos corps entremêlés et ruisselants de sueur. Parfois se donnant aux autres, souvent se donnant à moi, je le chevauchais, le lacérais, le giflais, le mordais, le rudoyais, telle une furie jusqu’à atteindre les tremblements l’orgasme. Après chaque ébat, que ce soit avec Féléor ou une femme, je devais faire acte de contrition en me faisant la saignée. Seul ce geste permettait encore à mon reflet de se présenter encore à mes yeux.

 

À propos d’Abelha

La main, alors que le battant faisait résonner la cloche de la cité, glissa et trouva son chemin au niveau du col. Celle-ci y fit ressortir une étoile arborant six branches que les lèvres pulpeuses vinrent baiser. L’habitude singulière des sœurs orphelines y était reproduite témoignant ainsi de sa dévotion. La peau, aux endroits découverts, était tannée par les incandescents rayons lumineux et le parfum sucré qui s’en dégageait, parvenait jusqu’à mes narines grandes ouvertes attisant ainsi l’appétit d’Ogre. La démarche semblait gauche, timide et mal assurée, mais de là émanait un charme inattendu, envoutant. Vingt-quatre ans, c’est l’âge qu’elles me dirent. Des forces dépassant mon contrôle me poussaient vers elle, me tiraillaient. Je devais m’approprier sa vie, la bête au creux de mes entrailles s’était réveillée et l’en empêcher m’était impossible : il me fallait l’assouvir. C’était le seul moyen. Abelha, c’est ce qu’elles m’apprirent, quel doux prénom. Elle donnait l’impression de la délicatesse, fascinante. Sa gêne au kiosque, place des Nuées parallèle au boulevard Papiller, réussissait à me mettre dans tous mes états. La torture dans mes chairs était trop forte. Il me fallait découvrir ce qui était dissimulé derrière ce masque de cire.

Précipiter les événements ne me semblait guère utile, bien au contraire. Il y avait quelque chose de brisé en elle, comme si on lui avait rogné les ailes. D’abord, c’est cette vulnérabilité que je perçus, mais il y avait quelque chose d’autre, quelque chose d’inavouable. M’enquérant auprès de la mère supérieure, j’eus ouï de la tragédie survenue à ses dix-sept ans et de cela, mon engouement pour Abelha ne fut que renforcer et plus ardent. Elle avait enfin ce qu’elle désirait, la liberté lui était offerte par notre union et en contrepartie sa vie m’était donnée. Lors des ébats, chose surprenante, un soir, je ne pus contenir mes envies. Je tentai de rejoindre Abelha en connaissance de cause, étrangement elle ne se refusa pas à moi.

Le sixième mois venu, marchant en tenant la lanterne droit devant moi pour ne pas trébucher dans les ténèbres, je retrouvai Abelha dans les champs derrière le domaine. L’endroit était magnifique, soigneusement préparé comme elle me l’avait prédit. Un grand drap de velours noir y était étalé à même le sol, une accumulation véritablement impressionnante de bougies était disposée de sorte qu’elles formaient un hexagone définissant les limites du tissu. Me voyant arrivé, située au centre de la forme, elle laissa agir la gravité et fit glisser de ses épaules le vêtement jusqu’à ses chevilles. J’entrai à mon tour dans le polygone. D’une enjambée, je me brulai aux flammes vacillantes au gré de la légère brise. M’approchant, elle me tendit une dague à la pointe affutée. Je me saisis du métal froid et coupa net la dentelle de ses dessous. Je la sentais haletante. Me mouvant autour d’elle, je dessinai des cercles. Je promenais et faisais serpenter la pointe de l’arme tout doucement sur sa peau. Ramenant sa nuque avec violence vers moi, je lui embrassai si passionnément les lèvres que j’en goutai le sang métallique s’écoulant de sa bouche. Elle se coucha fesses contre le velours. J’étalai tout mon corps contre le sien. Elle avait la chair de poule. Commençant par humer ses cheveux, je descendis en déposant sur chaque parcelle de l’épiderme rencontrée un baiser humecté d’un mélange de salive et de sang. Rendu au niveau de son sexe, je la goûtai une dernière fois tout en lui soutirant son ultime gémissement, puis je sectionnai d’un grand mouvement précis l’artère fémorale. Le sang pissait sur mes habits tandis qu’Abelha était secouée de spasmes saccadés. En l’espace d’un instant, elle ne bougeait plus. Inerte, le sang continuait de gicler. Je lui pris, en guise de souvenir, le ruban de taffetas se trouvant dans sa chevelure et j’arrachai le pendentif à son cou. Le corps, quant à lui, recroquevillé, glacé, se retrouva sous terre le jour qui suivit et repose désormais au pied d’un grand arbre fruitier aux floraisons printanières exquises.

 

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écrivaineWILHELMYAUDRÉE

Écrivaine québécoise née à Cap-Rouge (Québec) qui habite Montréal.

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