D'autres Sangs

Adaptation théâtrale

(Le texte ci-après est celui de l’équipe du Bain public, productrice de la pièce.)

«La réalité est-elle cachée derrière l’idée qu’on s’en est faite?»

Cette question qui hante l’un des personnages de la pièce est centrale dans notre démarche artis- tique. Elle met le doigt sur une problématique qui dépasse le cadre de l’oeuvre et qui s’étend à nos propres existences, toutes façonnées de mythologies, de rêves et de fantasmes qui troublent parfois notre rapport au réel. Notre projet tente de donner forme scénique au récit d’Audrée Wilhelmy, un roman qui confronte le lecteur à lui-même, à ses propres limites morales et à ses pulsions érotiques inavouées. Que juge-t-il acceptable ou non acceptable? Quelles frontières dresse-t-il entre l’univ- ers fantasmatique et la réalité concrète? À l’instar des écrits de Sade, l’univers de Les Sangs trouve sa force dans l’imaginaire du lecteur. Comment transposer cette tension sur scène, et susciter les mêmes questionnements chez le spectateur? C’est l’ambition qui motive ce projet d’adaptation. Celui- ci fera l’objet d’une production libre dont la mise en scène, l’interprétation et la conception seront assurées par des finissants de l’École Supérieure de Théâtre de l’Université du Québec à Montréal, sous la supervision du metteur en scène Christian Lapointe. Cette production a été présentée du 10 au 13 mai 2017 à l’UQAM. Notre équipe présentera également la production dans le cadre d’un Fes- tival d’art vivant à Montréal cet été. Elle sera alors confrontée à un cadre plus épuré ainsi qu’à un nouveau public. Notre but est d’en faire ressortir les aspects incontournables, de décupler les ques- tions qu’elle pose et d’expérimenter un rapport toujours plus direct avec un spectateur «voyeur».

«Si j’avais tenu le journal que tu espérais que j’écrive, j’aurais écrit un nombre incalculable de réflexions sur mes seins.»

L’un des principaux enjeux de notre projet concerne nécessairement le texte. Nous avons décelé un fort potentiel dramatique dans cette œuvre romanesque et avons donc entrepris la tâche d’écrire une adaptation destinée à la scène. Le texte d’origine présente plutôt une suite de monologues (les journaux intimes de chaque femme, en plus des pensées de Féléor). Notre texte alterne donc entre les soliloques des personnages et des dialogues que nous avons ajoutés, ceux-ci s’inspirant des relations entre les personnages du roman. Notre but est de croiser ces formes de discours pour convoquer le spectateur de différentes manières. Lorsqu’un personnage soliloque, il est plus près de l’univers du conte ; il stimule l’imaginaire de ceux qui l’écoutent. Quant à la représentation dialoguée des autres scènes, elle invite davantage le spectateur par le visuel. De plus, notre spectacle présente certaines images, parfois dépouillées de mots pour la mise en scène, afin de favoriser l’expérience sensorielle du spectateur. Des passages sont donc racontés, transmis par la parole, tandis que d’autres sont représentés, notamment pour entrainer un jeu physique et très engagé chez les comédiennes et les comédiens.

«Je comprends les meurtres de Féléor, et pour moi ils ne sont pas de vrais meurtres, mais des illusions de meurtres.»

Les Sangs s’intéresse au concept de meurtre consenti qui sous-tend l’oeuvre. C’est également sur la forte ambiguïté qui caractérise les rapports de domination entre les personnages que notre recherche s’appui.La relation qu’entretient Féléor avec chaque femme se décline en multiples rapports de force que nous voulons traiter. Nous imaginons donc un espace théâtral marqué par ces contradictions. L’expérience théâtrale que nous proposons enrichirait la lecture du roman. Elle permettrait d’observer le travail d’adaptation et de mise en scène pouvant découler de la lecture interprétative d’une oeuvre romanesque. Ce spectacle est tributaire d’un processus d’analyse pouvant s’apparenter à celui vécu par les étudiants, en classe. Il serait intéressant, pour ceux-ci, de voir comment une analyse littéraire peut être investie créativement, également comment elle peut être traduite par le biais d’un autre genre artistique. De plus, cette expérience pourrait alimenter la discussion entourant l’oeuvre, en ouvrant la voie à l’étude comparative du roman et du spectacle. Cela permettrait de questionner le passage du texte à la scène, d’observer ce qui demeure fidèle et ce qui dévie de l’oeuvre initiale. En effet, cette rencontre pourrait favoriser le positionnement personnel de l’étudiant à l’égard de l’oeuvre, puisqu’il poserait un regard critique sur une interprétation élaborée de l’univers qu’il aurait étudié. Étant entendu que le roman et le spectacle créé sont deux objets distincts qui dialoguent, se rejoignent et se repoussent, l’imagination des élèves serait d’autant plus stimulée par cette interaction.

«Féléor restera attaché à moi, tant que nous ferons l’amour, c’est précisément pour cela que chaque nuit, malgré ma faiblesse, nous reprenons nos ébats».

Le spectacle Les Sangs est particulièrement intéressant pour des étudiants de cégep, d’abord car il transpose le récit d’Audrée Wilhelmy sur une scène métaphorique qui ne cherche pas à fournir des réponses, mais à poser des questions, notamment sur l’identité sexuelle (individuelle ou collective, réelle ou fantasmée). En effet, la mise en scène est axée sur la théâtralité inhérente à l’univers fantasmatique du roman. Les personnages racontent l’histoire tout en la mettant en image devant les spectateurs, au travers d’un travail corporel chorégraphié. Il semble intéressant, pour les élèves, d’assister à cette mise en image qui s’adresse à l’imaginaire et qui parvient même à offrir une perspective comique du drame qui est raconté. Les images de sexe et de violence abondent dans les médias, au cinéma et à la télévision. Ce spectacle permet d’envisager la représentation de ces thèmes sans qu’il ne soient vulgairement explicités ou, à l’inverse, jugés tabous. Il serait assurément riche pour des jeunes en formation, chez qui il importe de cultiver le questionnement, l’imagination et la créativité. Les Sangs, dans son fond et sa forme, est une oeuvre qui refuse la demi-mesure. Si les personnages portent leurs pulsions toujours plus loin, ils nous transmettent ce désir d’en faire de même avec la mise en scène. Notre équipe de création partage, d’une certaine manière, les obsessions de l’oeuvre. C’est pourquoi nous sommes désireux de poursuivre nos explorations, de les pousser davantage et les enrichir de questions nouvelles. Nous pensons, entre autres, à celles qui concernent le spectateur. Confronter notre oeuvre au public Cégepiens permettrait certainement d’engager un dialogue entre les artistes et les étudiants fort intéressant. Nous proposons donc une discussion avec le public à la suite de nos représentations.

Toutes ces informations et plus de détails sont reprises dans le document ci-joint. Vous y trouverez également la fiche technique du projet, ainsi que des images de la production.
Voici également l’affiche et le programme.
Pour une soumission ou plus de détails, contacter : Anne-Marie Hivert, directrice de production.

Portfolio

écrivaineWILHELMYAUDRÉE

Écrivaine québécoise née à Cap-Rouge (Québec) qui habite Montréal.

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