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Carnet de Rome (IV)

J’ai rédigé la première version de la partie « recherche » de ma thèse en un mois, pendant que j’enseignais à l’Université de Lausanne un atelier d’écriture. Soixante pages par semaine multipliées par quatre semaines. Certes, toute la recherche avait été menée auparavant et je me suis lancée dans cette période de rédaction en étant extrêmement préparée. J’étais dans un état de concentration proche de la transe, je ne me souviens de rien de ces jours-là, sinon que je sortais le dimanche après-midi pour faire les courses. Le reste du temps, j’étais dans ma chambre et je rédigeais en buvant des litres de thé et en mangeant des raisins secs trempés dans le chocolat. J’avais donc toutes les raisons de croire qu’en partant pour Rome, l’exploit pouvait se reproduire. J’ai oublié de compter l’immense différence qui existe, pour moi, entre la recherche et la fiction. La recherche, qui pour tant d’autres est viscérale malgré son côté rationnel, est pour moi assez indifférente. Elle fait appel à la partie mathématique de mon cerveau qui, quand elle est stimulée, peut rester en action douze heures par jour 7 jours sur 7 pendant quelque temps. C’est un grand coup à donner. L’écriture de fiction vient me chercher infiniment plus creux et, visiblement, je ne réussis pas à la travailler de la même façon.

En partant, j’espérais revenir avec un manuscrit terminé. Je ne sais pas exactement dans quel univers je trouvais réaliste cet objectif, je ne me suis pas posé la question. Simplement, je voulais partir à Rome avec mes trois chapitres et demi qui ont pris 6 mois à écrire et en revenir avec sept. Débordant optimisme.

Évidemment que ce ne sera pas le cas.

Je reviendrai, au mieux, avec deux chapitres de plus, ce qui, vu mon rythme rédactionnel habituel (excluant la recherche), est déjà franchement phénoménal (quoique la cadence a tendance à accélérer à mesure que j’avance dans le texte).

En ce qui concerne la création, depuis que je suis arrivée, ce séjour est en dents de scie. Il a fallu cinq jours pour prendre mes repères, faire une épicerie, comprendre comment fonctionne cette ville qui ne compte pas une route droite, mais au moins huit mille raccourcis piétons, et m’habituer à l’espace. Ensuite, j’ai bien écrit pendant 7 jours. J’ai fini l’autre demie du chapitre entamé avant de partir.  Et c’est là qu’est arrivé le fatidique moment de « l’entre-deux chapitre ». Ce temps de flottement assez pénible où je sais ce que je dois dire dans un chapitre, mais je ne sais pas encore comment je vais m’y prendre. J’ai marché beaucoup, je me suis promenée dans la ville et une journée, je suis tombée sur une boutique Moleskine. Rien que des petits cahiers noirs et des stylos. J’ai acheté un grand carnet à croquis. J’aime leur format et leur papier jaune. J’avais laissé le mien à la maison (trop lourd dans les bagages). J’ai été manger une pizza et, sur la terrasse, je me suis mise à dessiner.

J’en ai parlé souvent, du rôle du dessin dans ma vie. Sur la terrasse, je ne dessinais pas pour mon roman. Ça faisait des mois (sans doute plus de deux ans, en vrai) que ça n’était pas arrivé. Dessiner juste pour le plaisir. N’importe quoi. Juste entrer dans l’image, aimer le geste du crayon et son bruit sur le papier.

Ça a tout débloqué.

Depuis quatre jours, je suis plongée dans un nouveau chapitre. J’écris, mais je me laisse du temps pour dessiner tous les jours. Et je dessine vraiment n’importe quoi. Je remplis le cahier pour qu’il soit beau. Ce que je dessine a finalement un sens en regard du texte, mais c’est vraiment secondaire, souvent je ne le découvre qu’après coup.

Je pense que c’est ce que le dessin est ce que j’aime le plus de l’écriture. Ce qui est le plus intime et le plus libre. L’endroit où « écrire » ne doit plaire à personne à part moi.

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écrivaineWILHELMYAUDRÉE

Écrivaine québécoise née à Cap-Rouge (Québec) qui habite Montréal.

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