« Les femmes, un Salut pour la Terre? » Rapport de commission

Je participais cette semaine, à Orléans, à la session constituante du Parlement des écrivaines francophones. La deuxième journée, les 70 femmes de 27 pays étaient séparées en cinq commissions qui se sont tenues parallèlement et qui s’intitulaient ainsi:

  1. Le corps des femmes, théâtre de conflit
  2. Quand la guerre sera faite par des femmes
  3. Les femmes, un salut pour la Terre?
  4. Pour qu’aucun enfant ne soit privé d’école
  5. La question migratoire nous concerne aussi

En raison des sujets qui m’intéressent particulièrement, au quotidien et dans la fiction, j’ai choisi de participer à la commission sur la Terre, dont j’ai été nommée la « rapporteuse » c’est-à-dire celle qui allait faire le compte-rendu des travaux à l’assemblée le lendemain. J’ai pris le temps d’écrire un texte qui permette de bien rendre compte de nos échanges et je souhaite le garder ici et vous le présenter.

Je note d’ailleurs au passage que les commissions sur l’environnement étaient les moins fréquentées de toutes les commissions, ce qui m’a d’abord grandement étonnée. Ensuite, j’ai pensé aux autres sujets, et conclus que quand les femmes sont violées, violentées, privées d’école, étouffées par la guerre dans leur pays ou forcées de quitter le territoire qui les a vu naître et grandir, il est peut-être normal qu’elles ne songent pas à leur rapport à la Terre. Pourtant, comme mes collègues et moi le soulignions dans le rapport, il est évident que le réchauffement climatique cause, au moins partiellement, les tragédies que certaines de mes consoeurs subissent chez elles.

Voici donc le compte-rendu, qui, je précise, n’engage pas toutes les écrivaines du Parlement, mais témoigne simplement des échanges résultats de notre commission :

 

La première des deux commissions intitulées « Les femmes, un salut pour la Terre » était constituée de mesdames Tanella Boni, Bettina de Cosnac, Hala Moughanie, Lise Gauvin, Flore Hazoumé, Marie-José Alie-Monthieux, Madeleine Monette et moi-même, Audrée Wilhelmy.

Je prends le temps de nous nommer, car l’un des éléments les plus frappants qui ont émergé de cet échange concerne la pluralité de nos origines et de nos expériences du monde.

Il est en effet apparu évident que les enjeux environnementaux qui nous occupent varient grandement en fonction du lieu que nous habitons. Cela dit, qu’il s’agisse :

  • de désertification,
  • de l’avancée de l’eau dans les terres
  • des inondations destructrices
  • de l’extinction massive des espèces et d’une dramatique réduction de la biodiversité
  • de l’invasion de sargasses
  • des tempêtes tropicales, tsunamis, feux de forêt et autres soubresauts de la nature qui détruisent tout sur leur passage ;

Qu’il s’agisse encore :

  • de la pollution croissante,
  • de l’usage destructeur du plastique,
  • du rapport non viable que nous entretenons à l’alimentation
  • de la surconsommation de produits cosmétiques, technologiques, textiles
  • de l’exploitation pétrolière,
  • de la fracturation hydraulique,
  • de la déforestation,
  • de la dérèglementation minière ;

Qu’il s’agisse enfin

  • de la corruption qui engendre des abus comme le déversement de déchets toxiques (par ex. lagune Ébrié, Côte d’Ivoire) ;
  • des pesticides comme le chlordécone qui contaminent les terres et génèrent de nombreux problèmes de santé

Ou qu’il s’agisse tout bonnement du tourisme, nous remarquons que partout, l’urgence environnementale se fait sentir ; partout, l’humain est à l’origine des fléaux que nous rencontrons aujourd’hui, et qu’il en est responsable en raison de son exploitation éhontée des ressources terrestres, mais également humaines.

Nous souhaitons donc souligner

  1. que les Guerres et la question migratoires, également abordées par ce Parlement, nous semblent s’alimenter à la question environnementale ;
  2. qu’aucun nationalisme ne répondra aux besoins et urgences environnementales ;
  3. que des actions concertées sont nécessaires à tous les niveaux
    • depuis la maison et le quotidien, où l’éducation des enfants et des mesures concrètes, personnelles, correspondant aux moyens et besoins de chacune doivent être prises,
    • jusqu’au politique, où il faut talonner nos élus afin qu’ils prennent des mesures conséquentes pour assurer la pérennité de la Terre et la survie de nos enfants ;
    • en passant par toutes les couches entre les deux (écoles, prisons, centres communautaires, rue, médias, etc.).

Il nous semble que comme femmes et comme écrivaines, nous devons profiter de la possibilité de faire entendre notre parole publique sur le sujet. Nous sommes des agentes sociales et nous pouvons être vecteurs de changement en misant sur la transmission des savoirs et sur l’éducation, tant des enfants que des adultes.

Nous avons pour cela envie de proposer à ce Parlement la création d’un recueil de texte portant sur le rapport que chacune d’entre nous entretient avec la Terre. L’idée soulevée lors de notre session était d’offrir à chacune la possibilité d’écrire un texte d’une page, prenant la forme de son choix (poésie, fiction, essai, récit, etc.) et qui témoigne du rapport particulier que l’écrivaine entretient avec la Terre. Si tout se déroule comme cela s’est passé lors de notre rencontre d’hier, nous aurons dans cet ouvrage des outils qui permettent de parler de la question environnementale en présentant une multiplicité de point de vue. Le danger actuel vient partiellement du fait que notre vision de la crise écologique s’inscrit dans des réalités de proximité, sans qu’il soit possible de concevoir le portrait global. Cet outil, accompagné d’une charte que nous aimerions également voir élaborer par une équipe qui prolongerait nos travaux, pourrait permettre de remédier (en partie du moins) à cet état de fait. Il nous semble en outre être en parfaite adéquation avec la fonction qui nous rassemble aujourd’hui, celle d’écrire.

En terminant, nous souhaitons également souligner le très grand savoir que les peuples des Premières Nations, où qu’ils soient dans le monde, portent et pourraient nous transmettre au sujet de la cohabitation naturelle et non destructrice avec la Terre. Dans la prolongation de leur vision du monde, nous souhaitons que les écrivaines de ce Parlement s’engagent à développer et promouvoir un rapport de respect, de solidarité et d’harmonie avec la Terre nourricière.

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