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Les structures restrictives et les idées loufoques

Au départ, l’intérêt du roman que je suis en train d’écrire résidait dans sa structure. J’utilisais la danse des sept voiles pour diviser mes chapitres. Disons pour faire simple que chaque voile correspondait à un chapitre, que ceux-ci étaient numérotés à l’envers (on commençait par le chapitre sept, puisque la protagoniste portait encore ses sept voiles) et à mesure que la danseuse se dénudait, les personnages se « dévoilaient » également.

Cette idée-là, je l’aime encore, je la trouve esthétique.

C’est la première que j’ai eue en pensant au mythe de Salomé et en réfléchissant à la manière que je souhaitais le travailler. C’était il y a plus de quatre ans, à l’hiver 2012. Je m’y suis accrochée longtemps, mais aujourd’hui, avec le projet tel que je l’envisage désormais, c’est une structure trop restrictive, qui ne cadre plus avec l’histoire que je désire raconter, d’abord parce que j’essaie d’aller vers une plus grande fluidité de l’écriture, ensuite — surtout — parce que j’ai entièrement occulté l’aspect danse de l’intrigue.

Je ne trouve pourtant pas que cette idée, et l’entêtement dont j’ai fait preuve pour l’écrire jusqu’au bout étaient vains. J’ai parlé souvent de l’importance des plans, mais je n’ai pas dit qu’ils servaient surtout à pousser un projet plus loin, qu’ils sont un outil pour débroussailler les possibles. Le danger des plans, c’est d’en être épris au point de perdre de vue le texte lui-même. Mais c’est le risque inhérent à tous les éléments — idées, personnages, concepts, phrases, etc. — auxquels on tient coûte que coûte.

Wilhelmy Seiche-12Par exemple, dans les versions antérieures La Reine de Seiche, une protagoniste avait des cornes (et non : je n’avais pas vu les bandes-annonces de Maleficent… mais j’imagine que la sorcière m’habitait quand même, autrement j’ignore d’où me serait venue cette idée), ajoutées au roman à cause d’un simple dessin. Il faut l’admettre : c’est un gros « statement » avoir des cornes. Il fallait qu’à travers l’écriture d’un univers non fantastique, je parvienne à justifier cette excroissance. J’ai tricoté toutes sortes d’explications, qui, au départ, me paraissaient cohérentes, même si mon directeur littéraire était bien perplexe devant ma Cornue. Ce n’est que maintenant que j’ai tout jeté que je réalise à quel point il était ridicule de m’entêter à broder autour de ce détail qui n’ajoutait strictement rien au texte, à part le rendre bancal.

Le difficile, c’est d’accepter qu’une idée trouvée dans les débuts — et qui, sur le coup, nous a insufflé un élan rédactionnel — ne soit plus utilisable, qu’elle n’ait pas survécu au test de l’écriture.

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écrivaineWILHELMYAUDRÉE

Écrivaine québécoise née à Cap-Rouge (Québec) qui habite Montréal.

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