Nouvelles

  • « Ada en première ». Nouveau projet no10, automne 2016.
    Finaliste « Fiction » aux Prix du magazine canadien 2017.
    Extrait: « Il pleut fort contre les fenêtres du train. À travers l’une d’elles, restée entrouverte, un filet d’eau infiltre une cabine, il dégouline sur le mur et creuse des sillons dans la crasse collante, forme une toute petite mare qui s’agrandit, se transforme en ruisseau, coule le long des mollets et jusqu’aux cuisses d’Ada selon les virages et l’inclinaison de la voie. Le cuir mouillé des escarpins frotte sur les bas et blesse la peau des chevilles : Ada, dissimulée sous la couchette, ses sacs et sa valise posés sur son ventre, force avec le bout de ses orteils sur le revers de la chaussure de son pied droit. L’humidité a gonflé les chaires : ses genoux heurtent les ressorts de la banquette au-dessus d’elle, elle déchire son bas, le talon casse avant que le pied ne soit libéré. Un spasme de la jambe, la vibration du train, une courbe dans les rails et voilà le talon noir, luisant, qui git bien en évidence au milieu de la cabine. »
  • « Sujet: tapis ». Opuscules (plateforme numérique développée par l’UNEQ et NT2), 1er mai 2016.
    Extrait: « Tapis neuf de laine grise tressée, posé entre les deux fauteuils et le divan, qui complète le décor jusque-là imprécis de la nouvelle maison. C’est un tapis d’hiver, il pique sous les pieds, mais les garde au chaud. Les fibres texturées annoncent des moutons poilus qui, inévitablement, joncheront le sol dans les jours à venir, mais autrement, l’objet est agréable. Soigneusement roulé sur lui-même, livré dans des plastiques et des bâches, retenu par une pellicule bleue, du papier bulle et quoi d’autre encore; une fois libéré, étendu sur les lattes, il semble respirer d’aise. Sa fonction : délimiter l’espace « salon » de l’aire ouverte du rez-de-chaussée. Il remplit son rôle, joignant les pattes des causeuses à celles du canapé, surélevant la table basse d’un pouce.
    Cela mis à part, il n’y a pas grand-chose à en dire. C’est un tapis. »
  • « Jours charnels ». La Presse+, dossier Fan Fiction, 2 août 2015.
    Extrait: « Sept nuits par an, 2000 pieds au-dessus de ma tête, ça danse et gigue les jours charnels. Partout dans les cabanes, les viveurs piaffent en s’accrochant les uns aux autres, joues rouges, déhanchements lubriques, leur géniture empilée dans la couche des hôtes. Voyez quarante enfants qui bavent dans des draps qu’on a nettoyés fin novembre, voilà bien trois mois, avant que partout la terre gèle, que l’air fige le linge. Cette marmaille-là ronfle dans le vacarme des violoneux, malgré les effusions de bonnes femmes ivres de Caribou et le rire gras des vieux. Accordéons, talons durs sur les planchers de bois, « Eh! Oh! » de sept carrés : c’est un vacarme continu, du couchant au matin, jusqu’à Mardi gras. »
  • « Petite fleur ». XYZ, la revue de la nouvelle, no121, printemps 2015, p.57-59.
    Extrait: « Ma mère, quand j’arrive en retard, elle pique des crises. Elle parle des inconnus et de leur voiture, de ceux qui pourraient m’amener où je ne veux pas aller, qui pourraient faire des trucs que je ne veux pas qu’ils fassent, et elle crie « les inconnus les inconnus tu n’embarques pas dans leur voiture, aux inconnus ». Souvent je traîne en chemin et j’arrive en retard alors elle se répète tout le temps.
    Le monsieur aux fleurs, c’est un inconnu. Il est très gentil, il a sa main réconfortante sur mon épaule ou sur ma cuisse, il me flatte les cheveux et il sent comme mon père. Il est tout à fait l’inconnu qui effraie maman.
    Alors je dis oui et je le suis.»
  • « Envie: lettre à une autre génération ». Les libraires, no87, janvier 2015.
    Extrait: « Certains jours, lorsqu’une idée pourtant claire refuse de prendre forme sur la page, je voudrais que le temps file à une vitesse qui ne soit pas celle des minutes. Je voudrais un bagage entier derrière moi, le fleuve plat, du chocolat à 85 % comme du miel dans ma bouche. Plus rien à prouver à personne. Dans votre berçante, les mots arrivent à vos doigts avec la régularité d’un métronome. J’envie le pont qui s’est construit entre vos idées et votre main. Votre plume connaît sa vitesse. Moi, je dois travailler longtemps, raturer, recommencer, rebiffer, reprendre. Vous, vous avez passé ces émois et votre regard, paisible, en témoigne. Vous êtes en paix. »
  • « Peau de Sucre ». Jet d’encre, no23, été 2014. p.77-82.
    Extrait: « Elle tourne et se retourne, puis s’immobilise. Et si les autres devinaient? Pour l’instant ça va : elle a des formes d’enfant qui ressemblent toujours aux leurs alors les filles ne se méfient pas. Mais si sa mâchoire continue de changer et que ses dents s’affutent, si son corps enfle, s’élargit à en devenir gros, assez solide pour supporter les festins auxquels elle rêve? Son improbable croissance finira par les alerter. Révérende Oum, déjà, se doute de quelque chose. Tassia le sait parce que depuis la leçon de broderie où elle a frôlé les cheveux de Flo du bout des doigts (rien pour mal faire : c’était seulement imaginer le cou en dessous – l’envie de mordre le cou sous les cheveux –), Oum la guette comme si elle avait menacé d’arracher le Bon Dieu de sur sa croix.  »
  • « La balançoire ». À l’essai. 4 juin 2014.
    Extrait: « Tu sais qu’en art, ils disent que c’est mieux quand « la composition est déséquilibrée »? Ils appellent ça la règle d’or. C’est beau, non? « Règle d’or ». Tu devrais peut-être te pendre un peu plus vers la droite. Je dis la droite, parce que droite c’est le côté « de l’avenir »… gauche, c’est pour le passé. Tu veux te pendre vers l’avenir ou vers le passé? »

  • « La méduse ». Ici Radio-Canada.ca, 29 octobre 2013.
    Extrait: « L’écume roule sur les planches du radeau; les hommes, blessés, pourrissent vivants dans ce que, naguère encore, sur le pont de la nef, ils appelaient en riant « la bave des requins ». Une mousse blanche suinte des blessures, le sel ronge les chairs, certains tentent de bander leurs plaies avec les vêtements des cadavres, mais le coton ne résiste pas longtemps à l’ardeur corrosive de la mer, les pansements disparaissent dans les vagues; toujours, il faut de nouvelles chemises, de nouveaux morts. »
  • « La femme du Général ». Zinc, no 27, septembre 2012. p.47-50.
    Extrait: « Un champ de bataille blond, radieux, éclairé en jaune par la lumière de novembre, sur lequel poussent des milliers de petits soldats, blonds également et habillés de grosse toile. Du bataillon ennemi on ne voit rien, sinon la poussière levée par les balles alliées qui frappent le sol de l’autre côté du champ. Coups de feu, cris : la terre et les blés morts assourdissent la bataille. Dans cette lumière vive, la guerre vraie est impossible. »
  • « La pièce montée », dans Le monstre n’est pas celui qu’on croit, Éditions Rhubarbes, France, 2011.
    Extrait: « Ange. – Ils améliorent n’importe quelle mousse au chocolat. Et du gâteau au fromage, c’est toujours bon avec des cerises ou des fraises.Ogre. – Des cerises? Des fraises? Mais regardez. Regardez autour de vous, bon Dieu! Il y a du sang partout. Pourquoi est-ce que je suis entré ici? Ma femme me l’a dit de me calmer, elle m’a dit « reste assis mon gros loup », mais non, il fallait que je parle au chef. Cet abruti avait bousillé mon bœuf! Une pièce qui aurait dû être réussie. Bon Dieu, c’est pas difficile de réussir un steak! J’étais en colère! Ça arrive à tout le monde d’être en colère! »
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