« Noé s'étire, désentortille le drap gris attaché autour de ses pieds. Tout près de sa tête, sur la table de chevet, une abeille se noie dans le cidre. Les insectes sont trop nombreux au village. La nuit, ils entrent jusqu'au fond de la gorge des enfants qui se réveillent au matin en toussant des mouches noires. »

Quatrième de couverture

Un conte atemporel et amoral, dont on ne peut dire qui du loup ou de sa proie est réellement pris au piège.

Noé, celle que tous appellent encore« la Petite », est l’enfant trouvée de Grumme, la grosse dame qui brûlait des grelots sur sa délicate peau pour la guérir de sa sorcellerie sous le regard subjugué du prêcheur. À la mort de la vieille, Noé décide de quitter le village d’Oss,et les fils et filles de pêcheurs qui l’habitent. Sur la route, entre le cirque et une singulière forêt de bécosses bleues qui voyagent, son histoire se révèle alors, par les souvenirs comme dans le discours de ceux qui l’ont connue.

Écrit dans une langue résolument singulière, l’univers de ce conte est néanmoins tissé du même fil que celui d’Anne Hébert dont les fous de Bassan sont ici des mouches qui bourdonnent sur la carcasse pourrie d’une baleine échouée ou qui envahissent les oreilles des enfants. On pense aussi aux contes traditionnels de Perreault, bien sûr, mais c’est aussitôt pour mieux s’éloigner d’une morale rassurante. Puis, on entend la voix de la Petite, une voix envoûtante dont les chants sont rythmés par les grelots attachés à ses cheveux.

Nomination – Prix: 

2012: Finaliste, Prix du Gouverneur Général du Canada

2012: Liste préliminaire, Prix des libraires du Québec

Extrait: 

– Ça m’intrigue ce que ça fait de perdre le souffle. Quand je prends un bain, j’essaie de garder mon visage sous l’eau très longtemps, mais je flotte et ma tête finit toujours par remonter malgré moi.

Lô la regarde et ne dit rien, il s’assoit sur la chaise où Noé a posé sa robe, observe les longues jambes de la Petite qui dépassent du bain, ses pieds trempés dégouttent sur le plancher, elle ne le voit plus, elle fixe un point au plafond et ne dit rien un moment.

– J’aimerais ça si tu tenais ma tête sous l’eau.

Lô se lève lentement et s’approche au-dessus de la bassine, une jambe de chaque côté du corps de la Petite. Quand il pose la main sur sa poitrine, ses gestes sont assurés et Noé n’a pas peur.L’eau est tiède sur sa peau; dans le magasin il n’y a pas le moindre son à part celui de la glace qui craque dehors et le bruit des grelots qui raclent le fond du bac en métal.

(p.71-71)

Aucun commentaire
Commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée ou partagée. Les champs obligatoires sont indiqués *