Bienvenue

J'aborde cet espace comme un lieu de réflexion sur ma pratique littéraire, ma pratique photographique, sur les différents éléments, voyages, lectures, interventions qui alimentent mes projets.

Blogue

Retour sur Rome

Je suis revenue de Rome il y a un mois. Je n’ai pas réussi tout de suite à écrire tout ce que j’aurais voulu sur ce séjour. J’ai buté longtemps sur la difficulté de parler du lieu. Il n’y a pas de bonne façon de dépeindre la Villa Médicis. Les descriptions touristiques ou historiques ne permettent pas de la comprendre vraiment, dans ce qu’elle peut être comme lieu de vie. Les photos rendent justice à la beauté de l’endroit, mais pas à ce que l’air porte partout en lui.

Pour le reste, j’ai trop peu visité Rome pour en parler convenablement. J’ai habité la Villa comme la tour de Raiponce, c’est-à-dire comme un univers clos et fermé sur lui-même, qui m’a amplement suffi pendant un mois. Je me suis évadée quelques fois, rares, mais c’était pour mieux revenir dans la sécurité de cet espace-là – le Café Colbert, l’Allée des citronniers, le Parnasse, le village italien, mon pavillon fleuri. Même l’autre moitié des jardins, celle avec ses fontaines et ses sculptures, je n’y ai mis les pieds que deux fois, et comme si je m’enfonçais dans une forêt sauvage, parée pour l’aventure, avec tout ce que ça comporte d’appréhension. Ce n’était qu’un jardin.

Mon premier constat, au terme de ce séjour, est donc le suivant: je suis une terrible voyageuse.

Je n’aime pas sortir et visiter, je ne suis pas une curieuse des lieux. J’aime les musées parce que j’ai l’impression d’y dormir et de ne rêver que de belles choses. Je ressors de là sans savoir précisément ce que j’ai vu, mais j’en ressors habitée. Je n’aime pas essayer de nouveaux restaurants, tenter de me faufiler jusqu’à une fontaine pour la voir bien, ne pas réussir à percer la foule tassée devant une toile dans une église. Je ne sais pas comment gérer mon corps dans l’espace, entre les petites tables serrées des cafés, les gens qui parlent forts, qui traînent et avancent à pas de tortue ou qui sont pressés. Ne pas parler la langue d’un lieu me stresse, je me mets à cafouiller même en anglais, je renverse les choses, j’ai chaud et froid, je pense à ma tour, au Parnasse tranquille, au Bosco, et j’y retourne, dans mon château protecteur.

Mon deuxième constat, c’est que l’enfermement et la solitude m’aident à écrire.

J’ai voyagé en mots pendant un mois. Je me levais et je n’avais rien d’autre à penser que mon roman, mes personnages, leur maison qui est un phare, la plage et la forêt autour d’eux. Quand la bouilloire sifflait, quand j’ouvrais le pot de confiture, quand je coupais le pain, je faisais ces gestes en songeant à eux: Osip, Mie, Sevastian, et Noé, ma si forte Noé d’Oss. Ou plutôt, je faisais ces gestes en étant eux, ce qui n’est pas possible dans la vie quotidienne, dans le tourbillon des enfants et des matins amoureux. Être seule, ailleurs, hors de ma maison et de mes repères, m’a permis de plonger dans mon univers d’une manière imprévue, à la fois bénéfique et pétrifiante.

capture-decran-2016-12-01-a-12-46-46

Le Bosco depuis le Parnasse

Mon troisième constat, c’est que je renouvellerai l’expérience.

Parce que ça fait peur, parce que je n’aime pas voyager, mais que la solitude et le déplacement sont des clés de travail, une façon d’entrer en moi jusqu’à l’endroit où c’est le plus effrayant, parce qu’il ne reste rien d’autre que le silence et les personnages qui envahissent, et que pour écrire il me faut ça.

De la Villa, il me reste toutes sortes de petits moments de grâce. Le vent qui souffle sur la terrasse du Colbert, quand le soleil est chaud et que l’air est tiède. Le jus d’orange frais pressé qui coule dans ma gorge (il faut que les oranges soient très douces pour qu’il ait été si agréable à boire). Le goût des pêches blanches et des poires mûres dans le yogourt. La lumière vaporeuse entre les murs rose-mauve de l’Allée des citronniers. La progression lente de la végétation, les rosiers lourds de fleurs tout le mois, le Fushia qui a perdu lentement ses pétales, les orangers et leurs fruits ronds.

Sinon, je ne reviens qu’avec un roman qui porte les traces de cette solitude-là.

Commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée ou partagée. Les champs obligatoires sont indiqués *

Portfolio

écrivaineWILHELMYAUDRÉE

Écrivaine québécoise née à Cap-Rouge (Québec) qui habite Montréal.

Pour me suivre

E. wilhelmy.audree@outlook.com