Soeur Amandine Buisson, d’Éric Bérubé

(Entre Lottä et Marie) 

Soeur Amandine Buisson

 Yeux brun foncé qui contrastent avec la pâleur du visage. Le corps et la tête sont couverts d’une longue robe noire imprégnée d’une odeur d’encens qui cache la délicatesse de la silhouette. Le visage, qui normalement reste stoïque, se déforme sous la douleur. Les petits cris qui émanent de la bouche résonnent dans l’église et trahissent la sensualité de l’acte.

Le dos nu est parsemé de longues cicatrices et de plaies qui parfument le corps de sang et qui goûtent le métal forgé dans la souffrance.

 

 

Psaume 43 d’Amandine

Psaume à chanter lors des punitions, en la bémol.

  1. Ô éternel, mes jours je les vis pour toi
    tu guides mon corps et mon âme comme un père se le doit
  2. L’humanité, celle qui vit de péchés
    je la prends en fardeau et punis ma chair pour la racheter
  3. Aie pitié des pécheurs et des malhonnêtes
    prends mon mal comme celui d’un peuple, et pardonne
  4. Pardonne le violeur et l’assassin
    mon sang les indemnise et je leur tends la main
  5. Ma peau couverte de plaies qui suppurent
    puisse-t-elle être suffisante pour racheter ta bienveillance
  6. Ton amour est le phare qui m’éclaire sur l’océan des doutes
    je mourrai pour toi comme je suis née : dans le sang et dans la douleur

 

Notes manuscrites au dos du Psaume 43

Dieu tout-puissant, je mourrai pour toi. Je périrai en martyre pour racheter tous les péchés du monde et mes propres péchés, cela est mon seul et unique désir. Je continuerai à guider les malhonnêtes vers la lumière, mais aujourd’hui vous m’envoyez une âme qui me semble irréparable. Chaque femme qui s’est approchée de ce Féléor Barthélémy Ru s’est retrouvée morte dans d’atroces souffrances, tous le disent au village. Peut-être est-ce un test que vous m’envoyez seigneur? Peut-être ne devrais-je pas écouter ces rumeurs et tenter de sauver sa pauvre âme? Amen.

 

Cela fait plusieurs jours que je vous écoute Seigneur et que j’aide ce Féléor. Je dois confesser que cela est parfois difficile, car à chaque fois que je le vois se fouetter devant moi dans l’église, mon corps frétille d’excitation et mon sexe s’humidifie. Jamais cela ne m’est arrivé avant, mais ne vous inquiétez pas car le lendemain, pour me punir d’avoir ressenti de telles sensations, je me flagelle plus fort et plus longtemps encore. À toujours augmenter l’intensité de mes punitions, mon corps cédera et j’en mourrai peut-être, mais je dois punir mes péchés et si cela est votre volonté alors, Amen.

 

Seigneur Dieu, je suis indigne de vous. Hier je me suis touchée en pensant à Féléor, c’était plus fort que moi. Il est si beau dans sa dévotion que mes yeux sont incapables de ne pas se ruer sur son corps. Je n’ai jamais ressenti quelque chose d’aussi fort que cette attirance physique pour Féléor. Je l’imagine nu à me pénétrer avec autant de force et de passion que lui-même se punit. Je suis pire qu’Ève qui a cueilli le fruit défendu. Aujourd’hui, je vais commencer ma punition plus tôt et n’arrêterai que lorsque la mort me prendra. Je préfère mourir en martyre que me laisser prendre par le plaisir charnel. Je ne souffre pas assez. Je ne souffre jamais assez. Amen.

 

À propos de Soeur Amandine Buisson

 

J’ai rencontré Soeur Amandine à l’église. Depuis la mort de Lottä, je ne sortais que très peu et restais enfermé le plus clair de mon temps chez moi. Cette tragédie m’avait entraîné dans une longue période de déprime profonde qui n’en finissait plus. Lorsque soeur Amandine m’a dit que je pouvais sauver mon âme et être pardonné pour la souffrance et la mort que j’avais causées, j’ai senti un poids immense glisser de mes épaules et s’affaisser sur le sol. Dès lors, j’ai commencé à me rendre à l’église tous les matins pour prier et me confesser. Ce ne fut pas très long avant que Soeur Amandine guide ma soif de repentir vers un rituel qui pouvait véritablement sauver mon âme: je devais réciter un psaume qu’elle avait écrit tout en sacrifiant ma chair, par flagellation, pour le seigneur. J’ai appris assez tôt qu’elle-même s’infligeait cette pratique à tous les matins avant que je n’arrive à l’église.

Un jour, je suis arrivé plus tôt que d’habitude à l’église et ai surpris Soeur Amandine à se flageller comme elle me l’avait montré. Je suis resté à l’extérieur plusieurs minutes à l’observer. Le cuir de son fouet qui écorche violemment sa peau et ses petits cris sensuels me fascinaient. Voir de l’extérieur ce rituel apaisait mon corps de toutes ses tensions et lorsque je suis entré à mon tour dans l’église pour m’infliger ces mêmes douleurs, chaque coup faisait durcir ma verge et m’excitait plus. Je voyais soeur Amandine me regarder et cela m’obligeait à frapper avec toujours plus de vigueur pour voir sa réaction et sentir ses yeux effleurer mes plaies sanglantes. Arriver plus tôt pour voir soeur Amandine se flageller est devenu un rituel matinal et j’y prenais goût.

Je voyais bien qu’elle aussi augmentait toujours l’intensité de ses coups, mais je ne savais pas exactement pourquoi. Cela excitait mon corps et j’avais commencé à me toucher en la regardant. Je pouvais jouir plusieurs fois par matin. C’est un certain jeudi matin qu’arriva ce qui devait arriver. Je me masturbais en regardant Soeur Amandine se flageller lorsque celle-ci s’écroula sur le sol. La voir se donner un dernier coup de fouet avant que son corps ne s’affale dans son sang sur le sol froid m’avait fait éjaculer une quantité phénoménale de sperme. Je me sentais faible à mon tour, mais ses gesticulations de douleur m’excitaient tellement que j’étais incapable d’arrêter de me toucher. Finalement, elle a cessé de bouger et moi de me toucher. Elle était morte au bout de ses souffrances et pour moi, sa mort était une nouvelle naissance. Lorsque je suis entré dans l’église, j’ai vu son carnet de psaumes et l’ai ramassé. Le psaume 43 était celui qu’elle me faisait chanter lors de mes séances. Avant de partir, je devais connaître le goût de son sang. Je me suis penché sur son corps meurtri qui avait cessé de gémir depuis plusieurs minutes déjà et j’ai léché chacune des plaies qui dessinaient son dos. Je me suis régalé de cette bouillie et suis sorti de l’église pour ne plus jamais y retourner.

J’ai relu le psaume 43 à plusieurs occasions, depuis ma courte aventure avec Soeur Amandine, afin de me rappeler comment cette femme m’a réappris les sensations. Elle m’a ouvert les yeux à la beauté, a donné à mon corps l’envie de plaisir qu’il avait perdu et m’a donné goût à l’amour.

 

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écrivaineWILHELMYAUDRÉE

Écrivaine québécoise née à Cap-Rouge (Québec) qui habite Montréal.

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